Posted: mars 8, 2026
Toujours pas de plan à long terme pour les déchets radioactifs acheminés à Chalk River
Des déchets radioactifs provenant d'installations nucléaires continuent d'être acheminés vers les Laboratoires de Chalk River, et le Canada n'a toujours pas de plan crédible à long terme pour leur prochaine destination. Alors que le gouvernement fédéral pousse à l'expansion de l'énergie nucléaire, Garde-rivière des Outaouais s'inquiète de la pratique risquée qui consiste à déplacer ces déchets sans destination précise.
En décembre 2025, nous avons mis en évidence une tendance inquiétante : des déchets de haute et moyenne activité provenant d’autres installations étaient expédiés aux Laboratoires de Chalk River, s’accumulant dans des entrepôts temporaires. Nous restons préoccupés, d’autant plus qu’il faudra encore des décennies pour trouver un lieu de stockage permanent pour ces déchets.
Parallèlement, le gouvernement fédéral prévoit de développer le secteur nucléaire canadien, en particulier dans le domaine des petits réacteurs modulaires (PRM), malgré l’absence d’un plan confirmé pour le stockage à long terme des déchets radioactifs.
Nous demandons au gouvernement de cesser de transporter davantage de déchets nucléaires vers le site des Laboratoires de Chalk River, et de créer des plans et des politiques qui protégeront les Canadiens et notre environnement de ces déchets à long terme.
Que se passe-t-il aux Laboratoires de Chalk River?

Vue aérienne du site des Laboratoires de Chalk River
Les Laboratoires Nucléaires Canadiens (LNC) ont discrètement regroupé des déchets radioactifs provenant de leurs installations à travers le pays sur le site des Laboratoires de Chalk River, situé sur les rives de la rivière des Outaouais, à environ 180 kilomètres au nord-ouest d’Ottawa.
Il s’agit notamment de déchets de moyenne et de haute activité sous forme de combustible nucléaire usagé provenant de la centrale nucléaire de Gentilly à Bécancour, au Québec, qui a été déclassée, et du transport futur de déchets provenant des laboratoires de Whiteshell à Pinawa, au Manitoba.
LNC précise qu’aucun de ces déchets ne sera stocké de manière permanente à Chalk River. Malheureusement, il n’y a pas de date de fin pour ce stockage « temporaire », et il n’y a pas non plus de destination confirmée pour les déchets. L’installation de gestion des déchets près de la surface (IGDPS), un monticule controversé qui doit être rempli de déchets radioactifs sur le site, ne contiendra que des déchets de faible activité après que la proposition a été modifiée à la suite des préoccupations de la communauté.
Les déchets de moyenne et haute activité ne sont censés être stockés qu’aux Laboratoires de Chalk River jusqu’à ce qu’une solution permanente soit trouvée. Cependant, le fait de déplacer les déchets deux fois, une première fois à Chalk River et une seconde fois à l’endroit où ils seront finalement éliminés, multiplie le risque d’accident ou de déversement le long des routes publiques, sans aucun avantage évident. On ne voit pas pourquoi les déchets ne pourraient pas être conservés à leur emplacement d’origine sur les sites déclassés jusqu’à ce qu’ils soient transportés vers leur destination finale.
Il faudra attendre des dizaines d’années avant de trouver une destination permanente
La Société de gestion des déchets nucléaires travaille à la mise en place d’un dépôt géologique en profondeur comme solution à long terme pour les déchets hautement radioactifs du Canada. Un dépôt géologique en profondeur est une installation de stockage souterraine conçue pour isoler de façon permanente les déchets les plus dangereux de l’environnement pendant des milliers d’années.

Un dépôt géologique en profondeur au Nouveau-Mexique, photo du Département de l’énergie des États-Unis
Toutefois, le projet de dépôt géologique en profondeur n’en est qu’à ses débuts. La période de consultation du résumé de la description initiale du projet s’est achevée en février 2025, et l’installation ne devrait pas être opérationnelle avant 2043 au plus tôt. Dans le meilleur des cas, cela représente près de deux décennies, sans compter les retards importants dans le choix du site, l’octroi des licences, l’examen environnemental ou la construction. L’emplacement du dépôt géologique en profondeur n’a pas encore été confirmé.
Même une fois opérationnel, le dépôt géologique en profondeur ne pourra stocker de manière permanente qu’une partie des déchets de moyenne et de haute activité actuellement stockés de manière temporaire dans tout le pays. Cela signifie qu’une partie des déchets nucléaires canadiens, y compris potentiellement une partie des déchets accumulés à Chalk River, n’a pas de lieu de stockage permanent prévu.
La politique du Canada en matière de déchets nucléaires ne suffit pas à la tâche
Depuis des années, Garde-rivière des Outaouais s’intéresse à la politique lacunaire du Canada en matière de déchets nucléaires. Les Laboratoires de Chalk River sont devenus un point focal pour les questions de déchets radioactifs au Canada, avec la proposition de l’IGDPS et maintenant cette question de transport et de stockage temporaire des déchets.

Précédemment, nous avons souligné les problèmes importants posés par la dernière politique en matière de déchets radioactifs, dont la version finale a été publiée en mars 2023. Nous avons identifié quatre domaines dans lesquels ces documents doivent être renforcés : la transparence, les mécanismes d’examen, la classification des déchets et la mise en œuvre.
- Transparence. La politique ne prévoit pas de délais clairs pour les processus d’examen public, n’oblige pas Ressources naturelles Canada à divulguer de manière proactive des informations essentielles et ne prévoit pas de mécanismes de vérification et de validation indépendantes des dossiers de l’industrie.
- Mécanismes d’examen. La politique prévoit un réexamen tous les dix ans, mais la stratégie intégrée ne serait réexaminée que « sur demande du ministre des ressources naturelles ».
- Classification des déchets. La politique devrait définir clairement les classifications et exiger de l’industrie qu’elle adopte les seuils applicables les plus restrictifs en cas de chevauchement.
- Mise en œuvre. La politique propose des règles mais ne précise pas comment elles seront appliquées ni quelles seront les conséquences du non-respect de ces règles.
Que peut-on faire?
Compte tenu de l’incertitude persistante entourant les déchets transportés à Chalk River, Garde-rivière des Outaouais demande au gouvernement fédéral de cesser de transporter des déchets radioactifs vers le site des Laboratoires de Chalk River, au moins jusqu’à ce qu’il y ait un plan clair, public et à long terme pour l’endroit où tous ces déchets seront stockés de façon permanente.
En outre, nous continuons à rechercher des politiques plus solides pour la gestion des déchets radioactifs au Canada, qui répondraient aux préoccupations concernant la transparence, la classification des déchets, l’application et l’examen.
Les Canadiens dépendent de leur environnement d’eau douce, et le gouvernement a l’obligation d’atténuer les risques potentiels pour l’environnement sur plusieurs générations associés à la gestion des déchets radioactifs aujourd’hui.
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