Déchets radioactifs au Canada : Regard sur le passé afin de mieux envisager l’avenir

Grâce à l’approbation du projet d’IGDPS à Chalk River en janvier, ce blogue examine la question courante des déchets radioactifs dans le bassin versant de la rivière des Outaouais. Nous réfléchissons sur une décennie de travail mené sur cette question cruciale et expliquons pourquoi des politiques et des règlements solides sont plus que jamais indispensables à la protection de nos cours d’eau pour l’avenir.

Déchets radioactifs au Canada

Le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40-45 % d’ici 2030 et à atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Ces dernières années, l’énergie nucléaire est apparue comme étant une composante essentielle de la stratégie du gouvernement fédéral. Cette source d’énergie est à faible émission de carbone, mais comporte des défis importants qui lui sont inhérents, notamment en ce qui concerne la gestion des déchets radioactifs.

Le processus de l’énergie nucléaire, qui va de l’extraction de l’uranium à l’exploitation des installations en passant par l’élimination des déchets, des produits divers polluants, y compris des déchets radioactifs, qui nécessitent une gestion prudente à long terme. Les déchets radioactifs peuvent être classifiés en déchets de haute, moyenne et basse activité, ce qui est déterminé par la présence de radionucléides et le type de blindage requis. La gestion et l’entreposage à long terme des déchets radioactifs existants continuent d’être un sujet de préoccupation pour beaucoup en raison des impacts environnementaux potentiellement graves que ces déchets peuvent avoir.

Les laboratoires de Chalk River et l’IGDPS

Les laboratoires de Chalk River sont situés sur les rives de la rivière des Outaouais et sur le territoire traditionnel non cédé de la Nation algonquine Anishinābeg. Créé dans les années 1950 comme premier laboratoire de recherche nucléaire du Canada, ce site possède encore des déchets radioactifs anciens.

Vue aérienne du site de Chalk River, montrant les bâtiments et les laboratoires le long de la rive de la rivière des Outaouais.

Vue aérienne du site de Chalk River

En janvier 2024, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a approuvé la construction de l’Installation de gestion des déchets près de la surface (IGDPS) sur le site de Chalk River, un monticule de confinement artificiel prévu pour l’entreposage permanent de 1 000 000 m3 de déchets de faible activité. L’IGDPS est principalement destinée aux déchets qui se trouvent déjà sur le site de Chalk River, mais il peut aussi inclure des déchets provenant d’autres sites et qui répondent aux critères d’acceptation des déchets.

Quatre participants, le chef Lance Haymond, le chef Dylan Whiteduck, l'aînée Verna McGregor et le conseiller Justin Roy, assis à une table devant une assemblée et s'exprimant dans des microphones.

(DE GAUCHE À DROITE) : Le chef Lance Haymond, le chef Dylan Whiteduck, l’aînée Verna McGregor et le conseiller Justin Roy lors de l’audience finale sur le projet d’installation de gestion des déchets près surface (IGDPS) en août 2023

Le projet a été la source de questions et de préoccupations importantes depuis sa première proposition en 2016, dont l’absence d’une consultation véritable avec les communautés autochtones. La Première Nation de Kebaowek a demandé une révision judiciaire de la décision, qui est toujours en cours.

Malgré des améliorations apportées au projet depuis la proposition initiale, comme le fait de limiter l’installation aux déchets à faible activité ou de doter l’installation d’un couvercle physique pendant son remplissage afin de la protéger des intempéries, un certain nombre de risques demeurent.

Garde-rivière des Outaouais a souligné nos préoccupations de nombreuses fois, particulièrement les caractéristiques de l’usine de traitement des eaux usées. Le processus de sélection du site en soi a également suscité des préoccupations en raison de la géologie de la région et du fait que le processus de sélection était limité au seul site du laboratoire de Chalk River, sans tenir compte d’autres sites potentiels pour l’entreposage des déchets. Les autres préoccupations portent sur la façon dont les déchets désignés pour l’IGDPS sont classifiés et emballés, ainsi que sur la nécessité de prendre des mesures de sécurité rigoureuses et d’assurer une surveillance transparente.

Préoccupations concernant les PRM et MRM

Dans le cadre de son appropriation de la stratégie en matière d’énergie nucléaire visant à réduire les émissions, le Canada explore le potentiel des petits réacteurs modulaires (PRM) et des microréacteurs modulaires (MRM).

Ces réacteurs utilisent la fission nucléaire pour générer de la chaleur et de l’électricité et sont vantés comme étant plus sécuritaires et plus efficaces que les réacteurs traditionnels. Ils sont plus minuscules et on les espère moins coûteux et plus polyvalents que les réacteurs nucléaires traditionnels, ce qui est censé les rendre plus adaptés aux localités éloignées et à certaines applications industrielles.

Représentation d’un PMR de la société américaine Ultra Safe Nuclear Corporation

Les laboratoires de Chalk River ont été désignés comme site proposé pour un MRM, une proposition étant en cours d’élaboration pour la construction de ce réacteur. Cette nouvelle orientation que le Canada envisage d’adopter suscite de nouvelles préoccupations au sujet de la gestion des déchets et de la sécurité environnementale dans la région et pour l’industrie nucléaire en général.

L’introduction des PRM et des MRM nécessiterait un cadre solide et transparent pour la gestion des déchets radioactifs qu’ils génèrent. Même si ces réacteurs pourraient produire moins de déchets et réduire le risque d’accidents à grande échelle, ils nécessitent toujours une réglementation exhaustive afin de garantir une exploitation et un entreposage des déchets sécuritaires et d’assurer la protection des sources d’eau douce. Garde-rivière des Outaouais doute que cette nouvelle technologie soit en mesure de répondre aux besoins immédiats et urgents en énergie nécessaires pour réduire notre dépendance aux combustibles fossiles. Toutefois, notre principale préoccupation demeure l’absence de processus règlementaires solides et cohérents et la confiance du public à l’égard de la gestion des déchets.

La nécessité d’une politique et d’une transparence solides

Garde-rivière des Outaouais milite activement pour une politique globale et transparente en matière de déchets nucléaires au Canada. En 2020, nous avons lancé une campagne exhortant le gouvernement à mettre à jour ses politiques rétrogrades sur les déchets radioactifs, notamment à les harmoniser avec les normes internationales.

Nos recommandations visaient à améliorer la classification des déchets, à veiller à ce que le principe de précaution guide la politique et à accroître la consultation du public et des Autochtones.

L’ébauche de la politique mise à jour a finalement été publiée en 2023; elle comprenait certaines de nos suggestions, mais n’abordait pas entièrement les questions essentielles comme la clarté de la politique, son caractère exécutoire et la transparence.

Une politique solide doit fournir des orientations sur les procédures règlementaires et définir clairement les classifications de déchets, établir des mécanismes d’obligation et garantir des examens et mises à jour réguliers. Une plus grande transparence dans les exploitations nucléaires est essentielle pour gagner la confiance du public et s’assurer que tous, en particulier les communautés autochtones, font entendre leurs voix dans le processus décisionnel.

Envisager l’avenir

Garde-rivière des Outaouais reconnait le rôle que pourrait jouer l’énergie nucléaire dans la réduction des émissions de CO2. Nous restons toutefois préoccupés par la rapidité avec laquelle l’énergie nucléaire pourrait être opérationnelle, par ce qui est nécessaire pour développer davantage cette technologie, ainsi que par les risques que cela pourrait comporter. Alors que le Canada envisage d’accroître sa capacité en matière d’énergie nucléaire, il est fondamental de donner la priorité à l’élaboration de politiques rigoureuses de gestion des déchets qui assurent une protection solide des ressources en eau douce et de la sécurité publique.

Pour que l’énergie nucléaire devienne une voie à suivre pour faire face aux changements climatiques, ces questions pendantes doivent être résolues. Garde-rivière des Outaouais reste déterminée à faire pression pour la mise sur pied de meilleurs cadres règlementaires et à plaider en faveur d’une approche responsable du développement énergétique qui accorde la priorité à la santé de nos eaux et de nos collectivités. Nous exhortons le gouvernement à veiller à ce que toute expansion de l’énergie nucléaire s’accompagne des normes les plus élevées en matière de sécurité, de transparence et de gérance environnementale.