Posted: août 15, 2024
Le Mercure mystérieux : Des tendances surprenantes dans le bassin versant de la rivière des Outaouais
Nous venons de publier un rapport détaillé sur des résultats surprenants et inquiétants concernant les niveaux de mercure dans les poissons du bassin versant de la rivière des Outaouais. Bien que les niveaux de mercure de la plupart des espèces se situent dans des limites sûres, cette nouvelle tendance justifie une surveillance plus étroite et des études plus approfondies.
Dans notre récent Bilan du bassin versant, Garde-rivière des Outaouais a révélé des tendances inquiétantes liées aux niveaux de mercure dans les poissons du bassin versant de la rivière des Outaouais. Bien que les niveaux de mercure restent dans les limites de sécurité pour la plupart des espèces, ils sont en moyenne plus élevés que dans les régions où l’activité industrielle est plus importante, comme le lac Ontario et le lac Saint-Pierre. À présent, avec la publication d’un rapport plus détaillé de nos conclusions, ce blogue vise à résumer et à expliquer ces résultats et leur importance pour la santé de notre bassin versant.
Un bref aperçu du mercure
La contamination des poissons par le mercure (Hg) est un problème environnemental et de santé publique important dans le monde entier. Cet élément est présent naturellement dans l’environnement, mais les activités humaines ont augmenté sa disponibilité dans de nombreux écosystèmes. Le mercure existe sous différentes formes et peut parcourir de grandes distances dans l’atmosphère, où il peut séjourner pendant de longues périodes avant de se déposer dans les écosystèmes.
Dans un écosystème aquatique, le mercure peut être transformé en méthylmercure, la forme la plus toxique du mercure. Il peut alors s’accumuler dans les tissus des poissons, ce qui présente des risques pour l’environnement et pour les personnes qui consomment du poisson comme source d’alimentation vitale. Les espèces de poissons de grande taille, en particulier les espèces de poissons prédateurs, ont tendance à présenter des niveaux de mercure plus élevés en raison des processus de bioaccumulation et de bioamplification :
- Bioaccumulation : Les espèces plus âgées et vivant plus longtemps absorbent les composés de mercure présents dans leur alimentation, ce qui entraîne une accumulation dans leurs tissus.
- Bioamplification : Le mercure s’accumule le long de la chaîne alimentaire, de sorte que les prédateurs les plus importants présentent des concentrations plus élevées dans leurs tissus.
Pour en savoir plus sur le mercure, regardez notre vidéo sur cet indicateur avec Dr. Alexandre Poulain, professeur de biologie à l’Université d’Ottawa.
Quelles sont les conditions qui influencent la présence de mercure?
Les concentrations naturelles de mercure sont généralement très faibles et peuvent être entièrement séquestrées dans la colonne d’eau par les sédiments et la végétation. Cependant, certaines conditions peuvent transformer le mercure en sa forme la plus toxique, le méthylmercure, qui est plus facilement absorbé par les organismes vivants. Ces conditions sont présentes dans le bassin versant de la rivière des Outaouais et contribuent aux concentrations plus élevées de méthylmercure dans cette région que l’on peut observer dans les données.
Le méthylmercure est plus susceptible de se former dans les zones à forte acidité et à faible teneur en oxygène, comme les eaux stagnantes des réservoirs et des zones humides. Le bassin versant comptant un nombre important de barrages et d’autres structures qui modifient le débit naturel de l’eau, ces réservoirs peuvent créer les conditions idéales pour la transformation du mercure en méthylmercure. Ce phénomène ne se limite pas aux zones dotées de grands réservoirs, mais s’étend aux très nombreux petits barrages ou ouvrages de régulation du niveau de l’eau qui ont entraîné l’inondation de certaines zones.

La rivière des Outaouais est également connue pour sa coloration brune, due à l’abondance de matières organiques provenant de nombreux lacs et zones humides. Cela crée un environnement dans lequel le mercure peut facilement se lier à la matière organique, ce qui influence sa distribution et sa biodisponibilité. La géologie du Bouclier canadien étant dépourvue de dépôts importants de calcium, il y a également peu de tampons naturels contre les conditions acides dans de nombreuses zones du bassin versant.
Dans l’ensemble, la présence de barrages, la couleur brune de la rivière due aux matières organiques et le nombre réduit de tampons naturels contre l’acidité contribuent à rendre la rivière des Outaouais particulièrement vulnérable à l’augmentation des quantités de mercure disponibles. Il est essentiel de comprendre ces influences géologiques et hydrologiques lorsque l’on examine les niveaux de mercure dans le bassin versant de la rivière des Outaouais.
Qu’est-ce que notre analyse a révélé?
Notre étude a analysé les données de 1970 à 2022 sur environ 540 sites du bassin versant. Il s’agit de 26 000 enregistrements concernant 37 espèces de poissons. Nous nous sommes concentrés sur le doré jaune, le grand brochet, l’achigan à petite bouche et le touladi en raison de l’abondance des données relatives à ces espèces et parce qu’elles sont toutes des prédateurs supérieurs, se nourrissant principalement de poissons plus petits, d’invertébrés et d’autres organismes.
En examinant les tendances historiques, nous avons constaté que les concentrations de mercure ont atteint un pic dans les années 1970, qu’elles ont diminué jusqu’à leur niveau le plus bas dans les années 1990/2000 et qu’elles ont de nouveau augmenté ces dernières années. Cette augmentation est cohérente avec un rapport de 2013 du gouvernement du Canada faisant état d’une tendance à la hausse des niveaux de mercure après 2000.

Tendances récentes et à long terme des teneurs moyennes en mercure du doré jaune dans le bassin versant de la rivière des Outaouais.
Aujourd’hui, les niveaux de mercure dans la plupart des espèces de poissons de notre bassin versant restent inférieurs aux lignes directrices provinciales en matière de consommation. Cependant, ils sont plus élevés que les moyennes de l’Ontario et du Québec. Il est important de noter que, malgré la réduction des émissions de mercure à l’échelle mondiale, des données récentes montrent que les niveaux de mercure dans certaines espèces de poissons sont presque aussi élevés, voire plus élevés que dans les années 1970/80. Chez certaines espèces, comme le doré jaune et le grand brochet, les concentrations dépassent la limite fixée dans les directives de consommation.
Les niveaux élevés de mercure que nous avons observés peuvent résulter de divers facteurs, notamment les émissions mondiales, les changements d’utilisation du sol, les changements climatiques, les infrastructures de barrage, les températures plus élevées, les eaux usées et la présence d’espèces envahissantes. Les récentes augmentations observées dans les données peuvent être liées aux émissions mondiales de mercure, en particulier en provenance d’Asie, qui sont transportées vers notre région par les courants atmosphériques.
Que signifie tout cela?
Les concentrations de mercure dans les poissons du bassin versant de la rivière des Outaouais constituent une tendance importante à surveiller. Les données sur la consommation de poisson sont largement disponibles pour des centaines d’endroits dans le bassin versant de la rivière des Outaouais. Cependant, ce n’est qu’une fois ces données analysées à l’échelle du bassin versant que Garde-rivière des Outaouais a commencé à comprendre les conditions qui prévalent dans le bassin versant. Une surveillance accrue des niveaux de mercure et des recherches plus approfondies sur ces tendances et leurs causes potentielles sont nécessaires pour mieux comprendre et résoudre ce problème.
Bien que nous soulignions que les niveaux restent en deçà des recommandations de consommation pour de nombreuses espèces, les récentes augmentations justifient une attention particulière et une meilleure compréhension des conditions dans le bassin versant qui ont conduit à cette augmentation. Il sera essentiel de trouver des moyens de réduire ou d’atténuer ces conditions, en particulier lorsqu’elles interagissent avec un climat changeant, pour maintenir le mercure à des niveaux inférieurs à ceux qui ont un impact sur la santé humaine et la santé des écosystèmes. En outre, comme le mercure est souvent transporté sur de grandes distances à partir de l’endroit où il a été libéré pour la première fois dans l’atmosphère, la coopération mondiale est cruciale pour réduire les émissions de mercure dans le monde entier.
En restant informés et impliqués, nous pouvons contribuer à défendre un avenir plus sain pour la rivière des Outaouais, pour toutes les générations et toutes les espèces.
Pour des informations plus détaillées, veuillez vous référer à notre rapport complet disponible sur le portail de données ouvertes de Garde-rivière des Outaouais.
Vous pouvez également visionner l’enregistrement d’un webinaire sur ces résultats, qui présente des informations supplémentaires sur le cycle du mercure et la façon dont il pénètre dans nos écosystèmes, grâce à l’expert invité Dr. Alexandre Poulain.
