Le programme de sel de voirie 2022‑2023 de Garde-rivière des Outaouais

Alors que nous nous préparons à la neige dans la région de la capitale nationale, voici une introduction à nos efforts continus pour surveiller l’incidence du sel de voirie sur nos écosystèmes d’eau douce. Que cherchons-nous, pourquoi est-ce un risque, et que peuvent faire les résidents à ce sujet?

L’hiver est à nos portes dans la région de la capitale nationale! Avec des prévisions plus froides, les gens sortent des bottes, des manteaux, des skis et des raquettes. Bien que certains puissent savourer le retour d’un paysage hivernal féérique, de nombreux invertébrés aquatiques près des zones urbaines ne sont probablement pas aussi excités. Depuis trois ans, Garde-rivière des Outaouais surveille le ruissellement des sels de voirie qui pénètrent dans les rivières et les ruisseaux locaux, et nos résultats montrent de façon spectaculaire que les sels nuisent énormément à ces écosystèmes. Les sels de voirie sont un outil précieux pour améliorer la sécurité et l’accessibilité des villes en hiver, mais la surutilisation ou l’abus de sel contribue inutilement à l’excès de polluants dans l’environnement.

Pourquoi le sel de voirie est-il mauvais pour l’environnement?

Lorsque les sels de voirie (habituellement le NaCl) se dissolvent dans l’eau, ils se séparent en ions de sodium (Na+) et de chlorure (Cl-). Bien que le sodium puisse nuire à l’environnement à des concentrations élevées, le chlorure est beaucoup plus susceptible de causer des dommages écologiques parce qu’il est très difficile de s’en débarrasser une fois qu’il pénètre dans un système aquatique. Lorsque les concentrations en chlorure augmentent, elles peuvent nuire aux organismes d’eau douce en affectant négativement leur capacité de respirer, de gérer la teneur en eau et de croître.

Le Conseil canadien des ministres de l’environnement a établi des lignes directrices sur la qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques et a identifié deux gammes distinctes de concentrations en chlorure qui posent des problèmes aux environnements aquatiques. Les concentrations en chlorure supérieures à 120 mg/L (et jusqu’à 640 mg/L) sont considérées comme étant toxiques « chroniques » pour un système aquatique, ce qui signifie que ces conditions peuvent se révéler fatales pour de nombreux organismes si elles sont maintenues pendant plusieurs jours. Au-delà des concentrations en chlorure de 640 mg/L, un système aquatique est considéré comme à toxicité « aiguë », ce qui suppose que de nombreux organismes peuvent subir des dommages importants même dans le cas d’une exposition très courte.

Comment surveillons-nous les concentrations en chlorure?

Tout au long de l’histoire du programme, Garde-rivière des Outaouais a demandé l’aide de scientifiques communautaires de l’ensemble de la région pour jouer un rôle actif dans la surveillance des concentrations de sel de voirie dans leurs cours d’eau et leurs ruisseaux locaux. En réponse à de grandes chutes de neige ou à de grandes fontes des neiges (des événements où beaucoup de sels de voirie sont utilisés), ces bénévoles infatigables piétinent dans la neige ou la gadoue pour recueillir des échantillons d’eau des plans d’eau.

Équipés d’un compteur de conductivité, ces moniteurs d’hiver peuvent estimer la teneur en chlorure de leurs sites. Cette méthode par détour fonctionne parce que les ions dominants dans l’eau proviennent des sels de voirie, et nous validons régulièrement ce système « indirect » en faisant analyser des échantillons d’eau par un laboratoire professionnel pour en déterminer la teneur réelle en chlorure. Au fil des ans, nous avons découvert une relation très forte entre la conductivité et le chlorure dans les cours d’eau de la région de la capitale nationale.

Qu’avons-nous trouvé?

Au cours de nos trois années de surveillance, plus de 80 % de nos échantillons ont dépassé les seuils qui indiquent un danger pour l’écosystème! Ces résultats sont extrêmement alarmants.

Les conditions peuvent varier d’un site à l’autre, ce qui peut être dû à des différences dans les conditions d’écoulement ou peut-être au comportement d’épandage du sel dans le sous‑bassin versant respectif des cours d’eau ou des ruisseaux. Lorsque nous avons étudié les concentrations de chlorure dans les cours d’eau et les ruisseaux dans des zones plus rurales, nous avons découvert qu’il y avait un risque beaucoup plus faible pour ces écosystèmes. Au cours de la dernière saison de surveillance, nous avons constaté que plus de 30 % de nos échantillons provenant de toute la ville dépassaient le seuil de toxicité aiguë, ce qui signifie qu’une brève exposition pourrait nuire aux organismes. Ensemble, ces résultats soulignent que l’utilisation excessive de sel de voirie est une question régionale et mérite une action générale pour protéger les cours d’eau locaux.

Résultats du ruisseau Pinecrest

Résultats du ruisseau Graham

Après avoir identifié que les sels de voirie constituent une menace démontrable pour les systèmes aquatiques, Garde-rivière des Outaouais a élargi ses travaux d’épandage de sel de voirie au-delà de la surveillance afin d’inclure des mesures proactives qui visent à réduire au minimum l’utilisation de sel de voirie par les utilisateurs commerciaux et les résidents. L’année dernière, nous avons offert une formation professionnelle en réduction de sel à 13 personnes de la région d’Ottawa qui ont participé au déneigement dans des entreprises privées et des établissements publics. Cette formation, offerte dans le cadre du programme Smart about Salt, a permis d’éduquer les opérateurs sur des sujets comme la calibration des saleuses, les techniques de déneigement qui réduisent le besoin de sel, et les pratiques de prise de note qui peuvent réduire le risque de litige découlant d’un épandage de sel approprié. Afin de valider l’efficacité de la formation, nous avons surveillé les concentrations de sel dans un ruisseau près de l’endroit où un grand opérateur qui avait suivi la formation a déneigé, déglacé et a découvert une réduction de 30 % de la quantité de sel qui entrait dans le ruisseau par son collecteur local d’eaux pluviales.

Que faisons-nous cette année?

Cette année, nous élargissons de nouveau notre programme. En continuant de surveiller les sites existants et en introduisant une série de nouveaux emplacements dans notre programme, nous espérons découvrir des secteurs précis où Garde-rivière des Outaouais peut diriger ses ressources pour essayer d’encourager l’épandage responsable. Nous allons également dans la communauté pour discuter avec les résidents de cette question. Soyez à l’affût de notre kiosque lors d’événements locaux, où notre équipe de sensibilisation communiquera des renseignements sur les derniers résultats et démontrera les techniques d’épandage appropriées.

Vous n’avez pas besoin de participer à notre campagne de surveillance, de formation ou de sensibilisation pour rendre bien soin de votre rivière locale! Tout le monde peut être un « héros du sel » en faisant passer le mot sur les problèmes que les sels de voirie posent à l’environnement. Vous pouvez utiliser le sel de voirie avec parcimonie, pelleter souvent, et utiliser des aides à la traction (comme le sable) lorsque les températures sont trop basses pour que le sel fonctionne efficacement. Pour vous amuser, vous pouvez répondre à nos Questions pour un champion sur le sel de voirie pour tester vos connaissances sur la quantité de sel nécessaire pour dégivrer de façon responsable votre entrée, les trottoirs, et plus encore! Pour une analyse plus approfondie de la question des sels de voirie dans la région, regardez notre webinaire (principalement en anglais) de mars 2022 : Évaluer son empreinte sel de voirie et prendre des mesures pour la réduire.