Posted: avril 28, 2021
Garde-rivière des Outaouais célèbre ses 20 ans d’existence
Le 28 avril 2001, un petit groupe d’adeptes de la rivière engagés a organisé une réunion communautaire à Lakeside Gardens (Britannia). Les organisateurs prévoyaient d’accueillir 20 personnes, tout au plus 50, mais ils ne s’attendaient jamais à voir une centaine d’aficionados de la rivière répondre à l’appel. Pourquoi se sont-ils rassemblés? Ils souhaitaient ardemment protéger la rivière des Outaouais en se concertant pour créer Garde-rivière des Outaouais!
Écrit par Cathy Rogers, membre du programme de Surveillance, qui a mené des recherches sur le passé de Garde-rivière des Outaouais et la petite histoire de sa formation.
Deux millions de personnes comptent sur la rivière des Outaouais et ses affluents pour tout ce qui touche à l’eau potable et les infrastructures sanitaires en passant par l’alimentation en électricité et les activités récréatives. Dans les faits, nos vies, nos moyens de subsistance et notre avenir dépendent de la rivière, de sa santé, de sa résilience et de son intégrité écologique.

« Sur l’échelle du temps qui marque le passage des rivières, ce bassin versant est jeune, quoiqu’il soit établi sur une fondation sans âge. C’est aussi un territoire d’une beauté naturelle et d’une importance globale sur le plan écologique. »
– Bilan de la Rivière – page 13
Nous cohabitons dans le bassin versant avec de splendides communautés de faune et de flore. Si elles sont prospères, nous le sommes aussi. Toutefois, l’accroissement de la population et l’intensification des activités humaines exercent de multiples pressions sur notre rivière, lesquelles sont toutes cumulatives, parfois incompatibles et en somme non viables. Ainsi, avec les années, nous avons été témoins des manifestations troublantes de la santé défaillante de notre rivière : contamination industrielle si élevée que les gouvernements fédéral et provincial n’ont eu d’autres choix que d’imposer un contrôle de la qualité de l’eau, de mettre en place une réglementation visant les grands pollueurs et de promouvoir l’utilisation des nouvelles technologies. Quelque temps après, c’est avec grand soulagement que les communautés locales ont vu la nature reprendre son droit dans les secteurs détériorés de la rivière.
Plus récemment, on s’est attaqué aux problèmes des déversements d’eaux usées, des taux d’E. coli qui montent en flèche lors de forte pluie et des proliférations d’algues toxiques dans tout le bassin versant. Partout, on y trouve des déchets plastiques et microplastiques qui s’immiscent dans la chaîne alimentaire. Nous déplorons la disparition progressive d’habitats critiques et le déclin précipité des populations autrefois abondantes et florissantes d’oiseaux, de poissons et d’invertébrés indigènes. Notre empreinte collective a de profondes répercussions sur la santé de notre rivière. Ultimement, nos impacts négatifs sur la rivière mettent en péril nos vies, nos moyens de subsistance et notre avenir.

Devant les transformations que subissait notre rivière, des bénévoles ici et là ont mis sur pied des initiatives de conservation. Bien que sincères et rigoureuses, ces initiatives se sont avérées non viables et finalement trop modestes pour « sauver la rivière ». Ensuite, est entré en scène George Brown, un entrepreneur social à l’esprit novateur ayant un intérêt de longue date pour les préoccupations environnementales. En tant que conseiller municipal, il était inondé de plaintes provenant d’électeurs indignés par les fréquentes interdictions de baignade dans les cours d’eau, en pleine canicule, causée par des épisodes de contamination à l’E. coli. Plus tard, lorsqu’il étudiait en droit à l’Université d’Ottawa, George a entrepris une dissertation intitulée : « Qui veille sur la rivière des Outaouais? ». Ses recherches lui ont permis de comprendre que les lois et les organisations en place étaient inefficaces pour protéger la rivière des Outaouais. La portée de ces structures était réduite à l’échelle locale, et ne pouvait tenir compte des implications écologiques cumulatives, d’envergure ou ayant des conséquences en aval.
À la recherche d’une forme d’intendance dynamique, à l’échelle du bassin versant, l’étudiant en droit a découvert un remarquable modèle d’intendance : le modèle de Waterkeeper. Essentiellement, le concept repose sur un défenseur ou une défenseure (Waterkeeper ou Garde-rivière dans notre cas) qui se consacre entièrement à la sensibilisation du public à la protection des cours d’eau. Le mandat premier de son rôle est de protéger la santé et l’intégrité écologique du plan d’eau qu’il ou elle représente. De plus, le ou la Garde-rivière ne poursuit pas d’intérêts privés, politiques ou gouvernementaux.
George a été subjugué par les exemples de Waterkeepers à l’international qui ont prouvé leur capacité à prendre des décisions entraînant des changements positifs sur l’environnement. Il a reconnu le pouvoir, le pragmatisme et la polyvalence d’une telle entreprise. Il a pris conscience que d’importer le concept ici même pourrait être un moyen efficace de promouvoir l’intégrité écologique de la rivière des Outaouais et, par conséquent, de favoriser la résilience et la stabilité économique dans les communautés citoyennes de tout le bassin versant!

Avec énergie et enthousiasme, George a commencé à partager et à promouvoir le concept de Waterkeeper dans les regroupements communautaires. Il a rapidement fait la connaissance de Dan Brunton, un écologiste de longue date, consultant invétéré en environnement et défenseur chevronné des espaces naturels. Connaissant les projets de conservation de la rivière des Outaouais précédents, Dan est d’abord resté prudent, mais il a fini par être enthousiasmé lui aussi par le potentiel du modèle de Waterkeeper. Ensemble, George et Dan ont commencé à partager cette fascinante étincelle d’espoir avec le public général. Pendant des mois, ils ont examiné minutieusement le concept avec les communautés sensibles aux enjeux de conservation. En novembre 2000, au département d’études environnementales de l’Université Carleton, s’est donnée une rencontre préliminaire modeste, mais dynamique réunissant George, Dan, Nancy Doubleday, Nicole DesRoches et Joe Courtney. Les participants enthousiastes ont reconnu l’importance de fonder Garde-rivière des Outaouais (à l’époque Sentinelles de la rivière des Outaouais) et ont accepté unanimement de chercher l’appui de collaborateurs et des membres du public.
En mars 2001, John Almstedt a entendu parler de l’initiative pour la rivière des Outaouais et a contacté Dan. John souhaitait contribuer à concevoir des plans et a fait part de ses idées quant à un espace de travail, l’acquisition d’un bateau et son intérêt particulier pour l’engagement communautaire. Peu de temps après, Parham Momtahan s’est joint au groupe, en mettant son excellent sens de l’organisation au service du projet. George, Dan, John et Parham ont ensuite dirigé la conception, la promotion et la structuration du nouvel organisme.
Le 5 avril 2001, Bob Phillips, un journaliste au Ottawa Citizen a suscité une vague d’intérêt envers la nouvelle initiative en publiant un vibrant plaidoyer pour le projet dans sa chronique Outaouais.
Est venu ensuite le 28 avril 2001. Par une belle journée de printemps, le regroupement modeste, mais grandissant de fervents adeptes de la rivière organisait une rencontre communautaire à Lakeside Gardens (Britannia). Les organisateurs prévoyaient d’accueillir 20 personnes, tout au plus 50, mais ils ne s’attendaient jamais à voir une centaine d’aficionados de la rivière répondre à l’appel. Lors de ce grand jour, l’excitation de la foule se faisant sentir, une masse critique de citoyens privés a manifesté son intérêt envers la création de Garde-rivière des Outaouais.
Bien qu’il ne s’agisse pas de la fondation officielle de l’organisation, c’est à partir de ce moment que l’idée s’est réellement cristallisée. Grâce au soutien démontré par la communauté, Garde-rivière des Outaouais a vu le jour et a poursuivi sa mission durant les 20 années suivantes en défendant et en portant la voix de la rivière des Outaouais. C’est pourquoi, 20 ans plus tard, il convient de se remémorer ce jour spécial et de célébrer les personnes et les communautés derrière la création de l’organisation.
Nous souhaitons remercier les personnes suivantes pour leur vision et leur engagement, leur talent et leur ingéniosité, ainsi que leur générosité en termes de temps et d’esprit — les membres fondateurs de Garde-rivière des Outaouais :
George Brown
Maureen Adamache
Joe Courtney
Randi Hansen
Parham Momtahan
Mari Wellman
Dan Brunton
John Almstedt
Nicole DesRoches
Mary Hegan
Don Pascovitch

« C’était la bonne idée, le bon moment, les bonnes personnes et la bonne rivière! »
– George Brown
