Posted: juillet 25, 2026
Combler les lacunes dans l’analyse de la qualité des eaux récréatives

Lorsque les températures grimpent, les gens se tournent vers l’eau pour se rafraîchir. Mais comment savoir si les plages sont propices à la baignade?
Introduction
À mesure que les températures estivales grimpent dans la région de la capitale nationale, des milliers de personnes se rendent aux plages, aux rivières, aux lacs et aux quais de baignade pour se rafraîchir. Derrière chaque recommandation concernant la baignade se cache un important outil de santé publique : l’analyse de la qualité des eaux récréatives.
Une surveillance régulière de la qualité de l’eau contribue à renforcer la confiance du public envers les sites de baignade, à cerner les tendances à long terme et à fournir aux citoyens les renseignements dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées quant au moment où il est sécuritaire de profiter de l’eau. À une époque où les épisodes de fortes pluies deviennent de plus en plus fréquents et intenses en raison des changements climatiques, des analyses rapides et transparentes sont plus importantes que jamais.
Au cours de la dernière année, nous avons observé d’importants changements dans les pratiques d’analyse de la qualité des eaux récréatives dans la région de la capitale nationale. La réduction de la fréquence des analyses, le nombre limité d’échantillonnages de suivi après les fortes pluies et les délais dans la publication des résultats ont créé des lacunes dans l’information accessible au public.
Dans ce blogue, nous examinons comment la qualité des eaux récréatives est surveillée dans la région, comparons les approches adoptées par les différentes autorités et mettons en lumière des occasions d’améliorer la transparence et de mieux protéger la santé publique.
Qui analyse la qualité des eaux récréatives?
Trois autorités sont responsables de l’analyse de la qualité de l’eau aux sites de baignade de la région de la capitale nationale :
- Commission de la capitale nationale (CCN)
- Ville de Gatineau
- Ville d’Ottawa – Santé publique Ottawa
Chaque autorité suit son propre calendrier d’analyse, sa propre stratégie d’échantillonnage et son propre processus de publication des résultats. Bien que ces différentes approches répondent à des besoins opérationnels distincts, le manque d’uniformité peut rendre difficile pour le public de comparer les sites ou de comprendre l’évolution de la qualité de l’eau dans l’ensemble de la région.
Figure 1 : Sites de baignade dans la région de la capitale nationale, identifiés par couleur selon l’autorité responsable.

Tableau 1 : Aperçu des principales caractéristiques des analyses de la qualité des eaux récréatives effectuées par les trois principales autorités de la région de la capitale nationale.

Dans le cadre du Programme de surveillance des eaux récréatives de la Garde-rivière des Outaouais, nous suivons les activités de surveillance de la qualité de l’eau réalisées dans l’ensemble du bassin versant. Nous contribuons à rendre l’information sur la qualité des eaux récréatives plus accessible en regroupant tous les résultats d’analyse disponibles sur Swim Guide, tout en aidant le public et les médias à mieux comprendre et interpréter ces résultats.
Commission de la capitale nationale (CCN)
La Commission de la capitale nationale (CCN) supervise près de la moitié des sites de baignade publics de la région, notamment les plages du parc de la Gatineau et du lac Leamy, ainsi que de nouveaux quais de baignade en milieu urbain situés à la Maison de la rivière de la CCN, au lac Dow, au Musée canadien de l’histoire et au quai Est.
La CCN gère ces deux catégories de sites de baignade de manière distincte et a mis en place des programmes d’analyse qui tiennent compte à la fois des données historiques sur la qualité de l’eau et des conditions propres à chaque site, tout en reconnaissant que les conditions de l’eau en milieu urbain peuvent évoluer rapidement.

CCN – Sites de baignade urbains
Le calendrier d’analyse varie selon les sites de baignade urbains situés en rivière, allant de 1 à 5 jours par semaine. Les quais de baignade bien établis qui affichent régulièrement d’excellents résultats de qualité de l’eau, comme ceux de la Maison de la rivière de la CCN, sont analysés une fois par semaine.
Les sites où de nouveaux quais ont été installés cette année font l’objet d’analyses plus fréquentes afin de mieux comprendre l’évolution de la qualité de l’eau à ces nouveaux emplacements. À la suite de fortes précipitations, la CCN effectue également des analyses supplémentaires à ses quais de baignade urbains.
CCN – Lacs du parc de la Gatineau
Pour les sites de baignade situés dans les lacs du parc de la Gatineau et au lac Leamy, la qualité de l’eau est analysée une fois par semaine. Aucune analyse supplémentaire n’est effectuée à ces sites après de fortes précipitations. Malgré ces analyses hebdomadaires régulières, les résultats de certains sites peuvent être publiés jusqu’à quatre jours après le prélèvement des échantillons. Pourquoi est-ce préoccupant? Sans indication claire de la date de prélèvement, ces résultats publiés tardivement peuvent involontairement donner une image trompeuse de la qualité actuelle de l’eau.
Par exemple, à la suite de la forte tempête de pluie du 1er juillet 2026, presque toutes les plages analysées dans la région de la capitale nationale ont affiché des concentrations élevées d’E. coli, qui ont persisté pendant 24 à 48 heures. Pourtant, le 3 juillet, le parc de la Gatineau a publié sur les médias sociaux d’excellents résultats concernant la qualité des eaux récréatives et a encouragé les résidents à profiter des lacs pendant la vague de chaleur.
Or, les échantillons correspondant à ces résultats avaient été prélevés le 29 juin, avant la tempête. Comme aucun échantillonnage de suivi n’a été effectué après les fortes pluies, aucune information n’était accessible au public quant aux effets de la tempête sur la qualité de l’eau. Bien que les résultats publiés reflétaient fidèlement les conditions observées le 29 juin, ils ne représentaient probablement pas les conditions auxquelles les baigneurs auraient été exposés plusieurs jours plus tard.
À titre de comparaison, la CCN a immédiatement mis en place des analyses quotidiennes supplémentaires à ses quais de baignade urbains après la tempête, et ce, jusqu’à ce que la qualité de l’eau revienne à des niveaux acceptables.
Ville de Gatineau
La Ville de Gatineau est responsable de l’analyse de la qualité de l’eau aux plages publiques de Gatineau, notamment au parc Moussette, au parc des Cèdres et au parc du Lac-Beauchamp. Des échantillons sont prélevés deux fois par semaine, et les résultats sont publiés le lendemain. Contrairement aux sites urbains de la CCN, la Ville de Gatineau n’effectue toutefois pas systématiquement d’analyses supplémentaires à la suite de fortes précipitations. La Ville ne publie pas non plus de données sur les débordements d’égouts unitaires (DEU), ce qui rend plus difficile pour les baigneurs de comprendre les effets des tempêtes sur la qualité de l’eau locale.
La qualité de l’eau de plusieurs plages de la Ville de Gatineau peut varier considérablement au cours de la saison. Une augmentation de la fréquence des analyses, particulièrement aux plages qui affichent historiquement de moins bons résultats, permettrait aux résidents d’avoir accès à des renseignements plus à jour et de renforcer leur confiance envers les recommandations concernant la baignade.
Grâce au généreux soutien de nos donateurs, Garde-rivière des Outaouais effectue et analyse depuis plusieurs années un échantillonnage supplémentaire chaque semaine aux plages de Gatineau, contribuant ainsi à fournir des données sur la qualité de l’eau en prévision de la fin de semaine.
Ville d’Ottawa
Pour les plages gérées par la Ville d’Ottawa, Santé publique Ottawa est responsable de l’analyse de la qualité de l’eau. En 2025, l’organisme a soudainement modifié son programme d’analyse, passant d’analyses quotidiennes à des analyses hebdomadaires. Bien que ce changement respecte les exigences minimales applicables aux plages provinciales de l’Ontario, il ne suit pas les recommandations de l’Agence de la santé publique du Canada, qui préconise des analyses plus fréquentes aux sites présentant des conditions plus complexes, notamment en milieu urbain.
L’analyse des tendances effectuée par Garde-rivière des Outaouais pour les plages gérées par la Ville d’Ottawa révèle plusieurs constats préoccupants :
- En moyenne, les concentrations annuelles moyennes d’E. coli ont augmenté entre 2014 et 2024 dans l’ensemble des plages gérées par la Ville d’Ottawa.
- Certains sites situés en amont, comme les plages Britannia et Westboro, affichent généralement de bons résultats pendant la saison de baignade, tandis que d’autres présentent souvent de moins bons résultats, particulièrement vers la fin de la saison.
- Les plages de l’île Petrie et de la baie Mooney affichent les moins bons résultats parmi les plages gérées par la Ville d’Ottawa.
À la suite des fortes précipitations du 1er juillet, Santé publique Ottawa n’a effectué aucune analyse supplémentaire. En fait, les analyses avaient été devancées en raison du congé de la fête du Canada, ce qui a entraîné une période de huit jours sans données sur la qualité de l’eau pour l’ensemble des plages gérées par la Ville d’Ottawa.
Les seules analyses effectuées pendant cette période ont été réalisées par Garde-rivière des Outaouais aux plages de l’île Petrie et de la baie Mooney. Malheureusement, ces analyses ont révélé que les concentrations d’E. coli demeuraient supérieures au seuil acceptable 48 heures après les précipitations. En l’absence d’analyses supplémentaires, nous ne disposons malheureusement d’aucune donnée permettant de déterminer si une période d’attente de 48 heures était suffisante pour que la qualité de l’eau revienne à des niveaux sécuritaires.
Depuis que la Ville a réduit la fréquence de ses analyses, Garde-rivière des Outaouais a élargi son programme de surveillance complémentaire à plusieurs plages qui affichent historiquement de moins bons résultats afin de contribuer à combler ces lacunes en matière d’information.
Ce travail est rendu possible grâce au soutien de nos donateurs.
Modifications au programme Environnement-Plage du Québec
Depuis le début des années 1970, le programme Environnement-Plage, administré par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), constituait la seule source de données sur la qualité de l’eau pour des centaines de plages réparties dans plusieurs régions du Québec.
Depuis la création du programme, les exploitants de plages étaient invités à inscrire volontairement leurs plages afin qu’elles fassent l’objet d’analyses. La province procédait ensuite à des prélèvements de deux à cinq fois au cours de l’été. Au besoin, les résultats pouvaient entraîner la fermeture d’une plage.
En avril 2026, le programme a officiellement pris fin. Cette décision a laissé de nombreuses plages, notamment celles de camps d’été, de municipalités et de la Sépaq, sans programme d’analyse à l’approche de la saison estivale. Comme l’indique le site Web du MELCCFP, la surveillance de la qualité de l’eau relève désormais de la responsabilité des exploitants de plages.
Bien qu’il n’existe actuellement au Québec aucune exigence réglementaire à l’échelle provinciale imposant l’analyse de la qualité de l’eau des sites naturels de baignade, les exploitants de plages demeurent responsables de veiller à ce que les sites de baignade soient sécuritaires pour le public.
Notre constat
Des renseignements fiables sur la qualité des eaux récréatives reposent sur deux éléments essentiels : une surveillance fréquente et une communication rapide des résultats. Lorsque les analyses sont moins fréquentes ou que les résultats sont publiés plusieurs jours après le prélèvement des échantillons, il devient plus difficile pour le public de bien comprendre les conditions actuelles. Cette incertitude peut avoir des répercussions sur la confiance du public ainsi que sur sa sécurité.
Dans l’ensemble de la région, chaque autorité dispose de possibilités pour renforcer son programme de surveillance de la qualité des eaux récréatives.
Commission de la capitale nationale (CCN)
La CCN a mis en place l’un des programmes d’analyse de la qualité de l’eau les plus réactifs de la région pour ses nouveaux sites de baignade urbains. Un programme similaire devrait être instauré au lac Leamy, compte tenu de son emplacement au cœur du milieu urbain de la Ville de Gatineau.
La fréquence d’analyse actuellement appliquée au lac Leamy, qui est la même que celle des autres plages du parc de la Gatineau, ne tient pas suffisamment compte des conditions particulières ni de l’achalandage d’une plage urbaine en bordure d’un lac.
De plus, nous recommandons fortement de communiquer les résultats de surveillance rapidement et d’indiquer clairement la date à laquelle les analyses ont été effectuées.
Ville de Gatineau
La Ville de Gatineau a investi dans des infrastructures visant à améliorer la qualité de l’eau au lac Beauchamp, et le Plan de gestion de l’eau 2025-2029 prévoit des améliorations au parc Moussette, notamment dans le but d’améliorer la qualité de l’eau à cette plage.
La plage du parc Moussette présente une forte variabilité des concentrations d’E. coli et ne respecte régulièrement pas le seuil recommandé pour la baignade, particulièrement vers la fin de la saison.
Une augmentation de la fréquence d’échantillonnage aux trois plages municipales permettrait de recueillir davantage de données afin de mieux suivre l’évolution de la qualité de l’eau au fil du temps et de fournir aux résidents des renseignements plus à jour.
Ville d’Ottawa
Les tendances à long terme montrent une augmentation des concentrations d’E. coli dans les plages municipales, et certains sites affichent régulièrement de mauvais résultats. Nous estimons donc que ce n’est pas le moment de réduire la surveillance.
Nous encourageons Santé publique Ottawa à rétablir des analyses plus fréquentes dans l’ensemble des plages et à reprendre la surveillance quotidienne des plages qui présentent historiquement une mauvaise qualité de l’eau, soit celles dont le taux de conformité est inférieur à 70 %.
Devriez-vous quand même vous baigner?
Absolument.
La région de la capitale nationale offre certaines des meilleures possibilités de baignade en milieu urbain au monde, et la plupart du temps, nos plages et sites de baignade présentent une excellente qualité de l’eau.
La meilleure façon de rester informé est de consulter les résultats les plus récents sur Swim Guide avant de vous rendre à l’eau et, dans la mesure du possible, d’attendre 24 à 48 heures après de fortes précipitations avant de vous baigner. Le ruissellement des eaux pluviales peut temporairement faire augmenter les concentrations d’E. coli, même aux plages qui affichent habituellement une excellente qualité de l’eau.
En augmentant la fréquence des analyses, en améliorant la transparence et en rendant l’information sur la qualité de l’eau plus accessible, nous pouvons contribuer à ce que tout le monde puisse profiter en toute confiance et en toute sécurité de nos rivières, de nos lacs et de nos plages tout au long de l’été.
Nous reconnaissons les efforts déjà déployés pour améliorer la qualité de l’eau. Toutefois, lorsque les mêmes problèmes persistent, il faut aussi se demander si une approche différente ne serait pas nécessaire. Au-delà d’augmenter la surveillance, il serait peut-être temps d’explorer de nouvelles solutions qui s’attaquent davantage aux causes de la contamination.