Posted: juillet 10, 2026
Quand les fortes pluies influencent la qualité de l’eau : ce que les baigneurs doivent savoir
À la suite des fortes pluies qui ont frappé la région de la capitale nationale du Canada le 1er juillet, de nombreuses personnes se demandent : est-il sécuritaire de se baigner après un épisode de pluie aussi important?
Examinons les plus récents résultats sur la qualité des eaux récréatives afin de mieux répondre à cette question.
À quoi s’attendre
En règle générale, la qualité de l’eau est excellente dans la plupart des sites de baignade de la région de la capitale nationale. C’est une réalité dont nous pouvons être très fiers, et l’une des raisons pour lesquelles notre région accueillera le Sommet mondial des villes baignables en 2027.
Cela dit, il est généralement déconseillé de se baigner dans les plans d’eau naturels en milieu urbain pendant les 24 à 48 heures suivant de fortes pluies.
Pourquoi les fortes pluies influencent-elles la qualité de l’eau?
Deux principaux phénomènes expliquent cette situation : le ruissellement des eaux de pluie et les surverses d’égouts unitaires.
Le ruissellement
Lors de fortes pluies, l’eau de ruissellement entraîne tout ce qui se trouve sur nos rues, nos pelouses, nos parcs et nos surfaces urbaines vers les ruisseaux, les rivières et les lacs avoisinants. En plus des sols et des débris, les eaux de ruissellement peuvent transporter des bactéries provenant de la faune, des excréments d’animaux domestiques, du ruissellement agricole et d’autres sources.
Dans notre région, les sources les plus courantes de contamination des eaux de baignade sont les excréments de bernaches du Canada, de goélands et de chiens.
Les surverses d’égouts unitaires (SEU)
Dans certains secteurs d’Ottawa et de Gatineau, de très fortes pluies peuvent dépasser la capacité de certaines parties du réseau d’égouts. Lorsque cela se produit, des surverses d’égouts unitaires (SEU) peuvent survenir.
Les réseaux d’égouts unitaires transportent à la fois les eaux pluviales et les eaux usées dans les mêmes conduites. Lors d’épisodes de pluie exceptionnellement abondants, les usines de traitement ne sont pas toujours en mesure de traiter tout le volume d’eau qui arrive soudainement. Afin d’éviter que les eaux usées ne refoulent dans les résidences et les commerces, l’excédent d’eau est déversé dans les cours d’eau voisins par des points de surverse aménagés à cette fin, ce qui entraîne une surverse d’égout unitaire.
Bien que ces surverses permettent de protéger les infrastructures publiques, elles peuvent entraîner une augmentation temporaire des concentrations de bactéries dans les cours d’eau situés en aval des points de surverse.
La surverse d’égouts unitaires de la fête du Canada
Le 1er juillet 2026, la Ville d’Ottawa a signalé une importante surverse d’égouts unitaires totalisant 219 270 000 litres, soit l’équivalent d’environ 88 piscines olympiques. Ce volume dépasse à lui seul la quantité totale déversée au cours de chacune des années 2024 et 2025.

Fig. Ville d’Ottawa – Carte des emplacements et volumes des surverses d’égouts unitaires rejetés le 1er juillet, en litres
La Ville de Gatineau ne divulgue ni les cas de surverses d’égouts unitaires ni les volumes d’eaux usées rejetés dans l’environnement. C’est pourquoi Garde-rivière des Outaouais a lancé, en 2017, sa campagne publique intitulée « Nous voulons savoir ».
Nous continuons de demander à la Ville de Gatineau de rendre cette information accessible au public, notamment lors d’une rencontre tenue le 26 juin 2026 avec la conseillère municipale Rachel Deslauriers.
Ce que nous avons constaté
La Garde-rivière des Outaouais publie les plus récents résultats sur la qualité des eaux de baignade dans Swim Guide pour près de 300 sites de baignade répartis dans le bassin versant de la rivière des Outaouais. (Nous réalisons même une partie des analyses dans notre laboratoire scientifique situé à la Maison River de la CCN! Venez le découvrir cet été au Laboratoire d’apprentissage, où nous offrons des ateliers interactifs gratuits sur l’analyse de la qualité de l’eau et bien plus encore.)
À la suite des fortes pluies, les sites de baignade de la région de la capitale nationale n’ont pas tous été touchés de la même façon.
- Parmi les sites échantillonnés dans les 48 heures suivant l’épisode de pluie, 9 sites de baignade sur 10 de la région de la capitale nationale présentaient des concentrations de bactéries supérieures aux recommandations pour la baignade. La seule exception était le lac Beauchamp, à Gatineau, un lac plus isolé, entouré d’un parc et moins exposé aux conditions urbaines que les autres sites.
- Toutefois, 9 autres sites n’ont pas été échantillonnés dans les 48 heures suivant les fortes pluies. Nous ne savons donc pas si la qualité de l’eau y a également été compromise.
- Pour les sites contaminés dont la surveillance relève de Santé publique Ottawa et de la Ville de Gatineau, nous ne disposons pas de suffisamment de données recueillies dans les 72 heures suivant l’événement pour déterminer si la qualité de l’eau est redevenue conforme après 48 heures.
Résultats des sites de baignade dans la région de la capitale nationale – Semaine du 1er juillet

***La Garde-rivière des Outaouais a réalisé des analyses complémentaires à ces sites de baignade grâce au généreux soutien de ses donateurs.
Que signifient ces résultats pour la baignade?
La bonne nouvelle, c’est que la détérioration de la qualité de l’eau après de fortes pluies est généralement temporaire.
Les concentrations de bactéries diminuent souvent dans les 24 à 48 heures qui suivent, à mesure que le débit de la rivière augmente, que la lumière du soleil contribue à éliminer les bactéries et que l’eau plus propre circule dans le réseau hydrique. Toutefois, le délai exact dépend de plusieurs facteurs, notamment l’intensité des précipitations, les conditions de la rivière, la température de l’eau et les sources locales de contamination.
Lorsque des données quotidiennes sont disponibles après l’épisode de pluie du 1er juillet, comme c’est le cas pour les sites urbains gérés par la Commission de la capitale nationale (CCN), elles appuient la recommandation d’attendre 24 à 48 heures avant de se baigner après de fortes pluies.
En revanche, pour des sites comme l’île Petrie et la baie Mooney, où l’autorité responsable (Santé publique Ottawa) n’effectue pas d’analyses quotidiennes, nous ne savons pas si la qualité de l’eau est redevenue conforme dans ce délai de 48 heures. Il en va de même pour le parc Moussette, où la Ville de Gatineau est responsable de la surveillance. À ces endroits, les concentrations élevées de bactéries auraient pu persister beaucoup plus longtemps.
Les pluies de la fête du Canada constituent un événement météorologique extrême, pratiquement sans précédent dans la région. Avec les changements climatiques, ce type d’événement pourrait devenir de plus en plus fréquent. Sans des données recueillies de façon constante à l’ensemble des sites de baignade de la région, il est difficile de déterminer si la recommandation d’attendre 24 à 48 heures avant de se baigner demeure suffisante lors d’événements météorologiques d’une telle ampleur.
Où sont passées toutes les données?
Vous remarquerez peut-être qu’il manque beaucoup d’information dans notre tableau présentant les plus récents résultats sur la qualité de l’eau. Malheureusement, plusieurs autorités responsables choisissent de ne pas effectuer d’analyses fréquentes à leurs sites de baignade en milieu urbain.
La Garde-rivière des Outaouais continue de demander à Santé publique Ottawa et à la Ville de Gatineau d’effectuer des analyses plus fréquentes à leurs sites de baignade, en particulier à ceux dont les résultats sont régulièrement préoccupants, comme les plages de l’île Petrie, de la baie Mooney et du parc Moussette.
Si vous n’avez pas encore signé notre pétition demandant à la Ville d’Ottawa de rétablir des analyses fréquentes aux plages municipales, il est encore temps de le faire. Bien que cette pétition ait été lancée en 2025, la Ville n’a toujours pas modifié son approche. Votre voix peut donc encore faire une différence.
Pour les sites de baignade urbains gérés par la Commission de la capitale nationale (CCN), nous saluons leur approche consistant à effectuer des analyses fréquentes (de deux à cinq fois par semaine au lac Dow, à la Maison River de la CCN et au quai Est). De plus, la CCN a réalisé des analyses supplémentaires à la suite des fortes pluies du 1er juillet et a poursuivi les analyses quotidiennes jusqu’à ce que chacun de ces sites respecte de nouveau les recommandations pour la baignade. Nous applaudissons cette approche!
En revanche, pour les sites de baignade de la CCN situés dans le parc de la Gatineau, nous estimons que l’approche adoptée n’a pas été suffisante. Les derniers échantillons avant les fortes pluies du 1er juillet ont été prélevés le 29 juin, soit deux jours auparavant. Nous avons été déçus de constater que ces résultats n’ont été publiés que cinq jours plus tard, le 3 juillet. De plus, aucun échantillonnage n’a été effectué dans les jours suivant les fortes pluies, ce qui nous empêche de savoir dans quelle mesure ces sites ont été touchés.
Quels sont les risques pour la santé publique?
Des concentrations élevées d’E. coli ne signifient pas nécessairement que vous tomberez malade, mais elles indiquent un risque accru que d’autres microorganismes pathogènes soient également présents dans l’eau.
Plus la concentration d’E. coli est élevée, plus le risque d’être exposé à des agents pathogènes pouvant causer des troubles gastro-intestinaux, des infections des oreilles ou des yeux, des éruptions cutanées et d’autres problèmes de santé est important. Le niveau de risque varie d’une personne à l’autre selon plusieurs facteurs, notamment l’âge, l’état de santé général et la quantité d’eau avalée pendant les activités récréatives.
Renforcer la confiance du public
Même si de plus en plus de résidents et de visiteurs adoptent la baignade dans les plans d’eau naturels de la région, la confiance du public demeure faible. Selon un sondage réalisé par Abacus Data pour la Garde-rivière des Outaouais en 2020, seulement 24 % des répondants étaient d’accord avec l’affirmation suivante : « La rivière des Outaouais est suffisamment propre pour s’y baigner. »
Nous ne le répéterons jamais assez : en règle générale, la qualité des eaux de baignade dans la région de la capitale nationale est excellente. Les fortes pluies et les surverses d’égouts unitaires survenues le 1er juillet constituent une situation exceptionnelle. Toutefois, lorsque les concentrations d’E. coli augmentent à la suite d’un tel événement, le public mérite d’en être informé.
Lorsqu’il n’existe pas de données fiables et recueillies régulièrement sur la qualité de l’eau d’un site de baignade, la confiance du public envers les plans d’eau de la région de la capitale du Canada en souffre. Des données accessibles et recueillies fréquemment permettent aux résidents et aux visiteurs de prendre des décisions éclairées quant au moment et à l’endroit où ils choisissent de se baigner. Elles aident également les autorités responsables à mieux gérer leurs sites de baignade et à fournir des conseils plus précis au public, puisque les conditions peuvent varier considérablement d’un site à l’autre.
Avant d’aller vous baigner
La région de la capitale nationale offre l’une des meilleures qualités d’eau au monde pour la baignade en milieu urbain! En règle générale, vous pouvez vous y baigner en toute confiance. Pour profiter de l’eau en toute sécurité :
- Évitez de vous baigner immédiatement après de fortes pluies, particulièrement au cours des 24 à 48 premières heures.
- Consultez le Swim Guide ou téléchargez gratuitement l’application Swim Guide pour connaître les plus récents résultats sur la qualité de l’eau. Grâce à la Garde-rivière des Outaouais, ces données sont publiées pour près de 300 sites de baignade du bassin versant de la rivière des Outaouais.
- Nous avons la chance de compter parmi les voies navigables urbaines les plus propres au monde. Lorsque vous serez prêt à aller vous baigner, profitez-en en toute sécurité!
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