Le barrage de Carillon a besoin d’une passe migratoire à anguille

Le barrage de Carillon constitue le premier et le plus grand obstacle à la migration de l’anguille d’Amérique (Anguilla rostrata) dans le bassin versant de la rivière des Outaouais. D’autres barrages ont créé des passes migratoires à anguilles pour permettre à cette espèce de poisson vulnérable de migrer en amont, et il est temps que Carillon fasse de même.

En 2021, Garde-rivière des Outaouais a lancé une campagne pour plaider en faveur de l’ajout d’une passe migratoire à anguille au barrage Carillon afin de contribuer à la protection de l’anguille d’Amérique. Cette espèce de poisson d’importance écologique et culturelle est inscrite en tant qu’espèce en voie de disparition en Ontario, mais elle ne l’est pas au Québec, et Pêches et Océans Canada ne l’a pas inscrite, malgré une diminution de 99 % de sa population dans notre bassin versant depuis la construction de barrages qui ont bloqué sa voie de migration.

Aujourd’hui, dans le cadre de notre campagne de 2021, Garde-rivière des Outaouais a officiellement envoyé une lettre ouverte au conseil d’administration d’Hydro-Québec lui demandant d’inclure une passe migratoire à anguille dans le cadre de son projet de rénovation à hauteur de 750 millions de dollars à l’installation de Carillon.

Mesures relatives aux passes migratoires à anguilles

Les passes migratoires à anguilles fonctionnent et sont essentielles à la survie de l’anguille d’Amérique. Ces passages spécialement conçus sont particulièrement importants pour les anguilles puisqu’ils leur permettent de surmonter les obstacles physiques et d’assurer leur migration en toute sécurité. Il ne s’agit pas d’une technologie nouvelle ni inconnue et elle est utilisée dans de nombreux barrages et installations de production au Canada, aux États-Unis et partout dans le monde. Par exemple, une installation de Portage Énergie, aux chutes de la Chaudière, sur la rivière des Outaouais, a déjà été mise en œuvre, permettant aux anguilles de se déplacer en toute sécurité en amont de la ville d’Ottawa, même si les anguilles se rendent rarement aussi loin en raison de l’obstacle du barrage Carillon.

Hydro-Québec connait également la technologie pour l’avoir utilisée dans les barrages d’autres réseaux fluviaux. Pour voir un exemple positif de la façon dont une passe migratoire à anguille pourrait grandement améliorer le succès des anguilles d’Amérique, il suffit de jeter un regard sur l’installation de deux passes migratoires à anguilles à la centrale hydroélectrique de Beauharnois d’Hydro-Québec en 2002. Ces passes migratoires à anguilles ont grandement facilité la migration des anguilles d’Amérique vers le lac Ontario. À ce jour, plus de 700 000 anguilles ont utilisé les passes migratoires de l’installation de Beauharnois pour migrer en amont vers le lac Ontario, plus de 50 000 anguilles d’Amérique ayant été observées chaque année en remontant la passe migratoire.

Visite de Garde-rivière des Outaouais à Beauharnois

Au cours de l’été 2022, le personnel de Garde-rivière des Outaouais a eu l’occasion de visiter les passes migratoires à anguilles à l’installation de Beauharnois pendant la saison migratoire de l’anguille d’Amérique. L’infrastructure était vraiment impressionnante, donnant un exemple clair de l’excellent travail qu’Hydro-Québec a réalisé à cette installation pour soutenir la migration de ces merveilleuses espèces.

Les passes migratoires à anguilles fonctionnent en fournissant un courant le long d’une pente couverte de tiges, de sorte que les anguilles peuvent facilement grimper le passage tout en restant dans l’eau courante. La technologie a été améliorée au fil des ans, grâce à l’expérimentation dans les types d’environnements qui convaincront les anguilles d’utiliser le passage. Par exemple, les anguilles migrent la nuit. Alors, les passes migratoires doivent rester couvertes et dans l’obscurité pour que les poissons les utilisent. Le biologiste d’Hydro-Québec a présenté tous les travaux et les recherches qui avaient été entrepris en vue de trouver les conditions idéales pouvant encourager la migration des anguilles entre les barrages et les installations de production.

Il était facile de voir comment ce travail pourrait être appliqué à l’installation de Carillon, ce qui a permis une migration similaire massive d’anguilles d’Amérique vers le bassin versant de la rivière des Outaouais, une partie de leur aire de répartition historique à laquelle on leur a presque entièrement refusé l’accès depuis de nombreuses décennies.

En visitant l’installation, nous avons également appris que la recherche était menée en vue d’atténuer les risques associés à la migration en aval des anguilles. Au fur et à mesure que les anguilles migrent encore vers l’océan, un certain nombre d’entre elles ne pourront pas survivre au passage dans les turbines, ce qui augmentera le taux de mortalité des anguilles. Les passes migratoires à anguilles sont conçues pour permettre la migration en amont seulement, et par conséquent, Hydro-Québec et d’autres entreprises ont mené des recherches sur la façon de réduire le taux de mortalité chez les anguilles lorsqu’elles se déplacent en aval. Cette recherche est importante, mais ne devrait pas retarder la résolution de problèmes liés à la migration en amont. Les anguilles prennent environ 25 ans pour arriver à maturité, et les entreprises auraient le temps nécessaire pour répondre aux préoccupations de migration en aval avant que les anguilles qui traversent à l’aide de nouvelles passes migratoires installées aujourd’hui ne soient touchées.

État de l’anguille d’Amérique dans la rivière des Outaouais

L’anguille d’Amérique est connue sous le nom de Pimisi en Anishinaabemowin et c’était autrefois le poisson le plus abondant de la rivière des Outaouais. Il s’agit d’un poisson culturellement important pour les communautés algonquines d’Anishinābeg, mais malheureusement, la population de la rivière des Outaouais de cette espèce connait un déclin de 99 % en raison des barrages qui bloquent leurs passes migratoires et de la surpêche. Les membres de la communauté algonquine et d’autres communautés autochtones sonnent l’alarme au sujet de la disparition de cette espèce depuis de nombreuses années et travaillent à la sensibilisation des gens sur les menaces auxquelles elle fait face.

Le gouvernement de l’Ontario a inscrit l’anguille d’Amérique parmi les espèces en voie de disparition et a donc publié un programme de son rétablissement dans le but de rétablir l’anguille d’Amérique au sein de l’aire de répartition historique en Ontario. Dans leur programme de rétablissement, ils ont mentionné les passes migratoires à anguilles comme moyen de soutenir l’abondance de l’anguille d’Amérique et d’assurer son retour en toute sécurité en Ontario.

De même, le gouvernement du Québec a élaboré un plan d’action pour l’anguille d’Amérique qui présente les stratégies qu’il entreprend et entend mettre en œuvre pour réduire le déclin de l’anguille d’Amérique dans les années à venir. Le plan d’action comprend également l’installation de passes migratoires à anguilles pour faciliter le retour de l’anguille dans des habitats qui sont actuellement inaccessibles en raison de la fragmentation des voies navigables.

Nous nous attendons à ce qu’Hydro-Québec publie sa propre stratégie en matière d’anguille en 2024. Notre lettre ouverte à Hydro-Québec a pour but de les inciter à installer une passe migratoire à anguilles à Carillon comme élément important de la stratégie, en plus d’autres mesures de protection essentielles pour préserver cette espèce.