Tant que les rivières couleront

Au cours de leur quatrième semaine de programme, les jeunes leaders de l'eau ont exploré les relations indigènes avec l'eau grâce aux enseignements généreux du Dr Aimée Craft et à un atelier de langue algonquine avec Mariette Buckshot de la Première Nation Anishinabeg de Kitigan Zibi.

Image de couverture de l’article de la CBC “Aimée Craft’s children’s book Treaty Words offers an Indigenous perspective on treaties

Comment le colonialisme a-t-il influencé les relations des Autochtones et des sociétés colonisatrices avec l’eau? Que veut dire « décoloniser l’eau »? Qu’entend-on par « l’eau c’est la vie »? Comment les langues autochtones témoignent-elles du rapport des peuples autochtones à la nibii (eau)?

Ce sont sur ces questions que les membres du programme des Jeunes Leaders de l’eau ont réfléchi durant la quatrième semaine de leur parcours. Les jeunes ont d’abord suivi les précieux enseignements de la Dre Aimée Craft et ont ensuite participé à un atelier d’Algonquin donné par Mariette Buchshot de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg.

Treaty Words

La Dre Aimée Craft est une avocate autochtone (Anishinaabe-Métis) et professeure agrégée à la faculté de Common Law de l’Université d’Ottawa dont les études et l’activisme communautaire portent sur l’eau, les traités et les lois autochtones. Elle s’est jointe à notre réunion Zoom depuis la Première Nation Sagkeeng, territoire visé par le Traité no 1 situé à l’embouchure de la rivière Winnipeg. Un verre d’eau provenant de la Première Nation Shoal Lake 40 à la main, Aimée Craft a expliqué que l’eau est guérison, que l’eau fait partie de notre identité. « L’eau a une autorité », a-t-elle renchéri. « L’eau me gouverne. »

Les recherches de la Dre Craft mettent en évidence les différences profondes entre le droit canadien et le droit anishinaabe qui se fondent sur des systèmes de valeurs différents, particulièrement en ce qui concerne la propriété de l’eau (droit occidental), les relations avec l’eau et l’importance du bien-être collectif (traditions juridiques anishinaabe). Pour le peuple anishinaabe, l’eau possède un esprit, il ne s’agit pas d’une chose qu’on peut s’approprier. L’eau doit être respectée, l’eau est la vie, l’eau peut guérir, l’eau est la responsabilité des femmes, l’eau présente une dualité (elle donne et enlève la vie) et l’eau peut souffrir (les humains se doivent de donner une voix à l’eau et de s’exprimer en son nom).

En préparation à cette rencontre, les Jeunes Leaders de l’eau ont lu Treaty Words. Ils ont posé d’excellentes questions à la Dre Craft, telles que : Que veut dire accorder un statut de personnalité juridique à une rivière? Comment le droit d’une rivière de suivre son cours et les pressions pour développer l’hydroélectricité et les énergies renouvelables s’entrecoupent? Pourquoi avoir écrit un livre pour enfants? Est-ce que les enfants interprètent différemment le message que les adultes? Comment les connaissances et les lois autochtones peuvent nourrir le processus d’évaluation des répercussions environnementales, la gouvernance et la prise de décision?

Anishinaabemowin

La seconde partie de la semaine 4 était consacrée à un atelier d’initiation à la langue algonquine (Anishinaabemowin) sous l’angle de la relation entre langue, récits et eau. L’atelier a été donné par Mariette Buckshot, coordonnatrice des langues et de la culture au centre éducatif et culturel de Kitigan Zibi Anishinabeg.

Mariette a raconté aux participants et participantes le récit de l’eau et de l’arrivée des colonisateurs et leur a enseigné des mots en Anishinaabemowin en lien avec l’eau comme nibi (eau), zibii (rivière) et chiiman (voyager en canot). Mariette nous a expliqué comment le pensionnat l’a éloignée de sa culture et de sa langue pendant longtemps, mais que son travail, particulièrement auprès des Anciens, lui a permis de comprendre son don pour l’enseignement.

À la lumière de la découverte des 215 corps d’enfants au pensionnat de Kamloops, provoquant une tristesse collective dans tout mikinaak minitig (île de la Tortue), nous avons été confrontés de manière très viscérale à considérer les liens entre le colonialisme et le rapport à l’eau.

Les apprentissages de la semaine dernière ont montré aux jeunes à quel point les relations qu’entretiennent les Autochtones avec l’eau et la langue ont été touchées par le colonialisme et le système de pensionnat qui visait à isoler les enfants autochtones de leur territoire, de leur culture, de leurs lois et de leur langue. En réaction à ces conversations difficiles, les Jeunes Leaders de l’eau ont échangé en reconnaissant leur sentiment de privilège et de responsabilité à l’égard du mino bimaadiziwin (bien-être collectif), qui concerne toutes les personnes, tous les territoires et tous les cours d’eau. Miigwetch (thank you) aux enseignantes!

Ressources supplémentaires suggérées par la Dre Craft :