Faibles niveaux d’eau : Un printemps sec dans le bassin versant

Le printemps a été très sec dans tout le bassin versant de la rivière des Outaouais. Cette sécheresse s’ajoute à la fonte hâtive du printemps pour expliquer les faibles niveaux d’eau observés dans tout le bassin versant. Bien qu’ils ne soient pas sans précédent, ces faibles niveaux peuvent provoquer des changements dans les écosystèmes d’eau douce.

Pourquoi les niveaux sont-ils aussi faibles dans un bassin versant (en principe) régulé?

Les exploitants de barrages n’ont qu’un contrôle limité sur les niveaux de l’eau qui coule dans la rivière des Outaouais et ses affluents. La plupart des barrages du bassin versant sont construits au fil de l’eau et ne possèdent que peu ou pas de capacité de rétention pendant la crue printanière. Quelques-uns d’entre eux, situés principalement au nord du bassin versant, ont de grands réservoirs qui permettent aux exploitants une certaine gestion des niveaux et des débits. Vers la fin de l’hiver et au début du printemps, les exploitants vident ces réservoirs afin de pouvoir retenir les forts débits de la crue et protéger les localités en aval, en plus de pourvoir aux besoins récréatifs et énergétiques des résidents.

En étudiant de plus près les conditions météorologiques de la rivière des Outaouais au début du printemps 2021, on constate que la neige s’est surtout évaporée au lieu de fondre et de ruisseler dans la rivière. Vers la fin mars, le temps chaud et les pluies ont accéléré la fonte de la neige restante et augmenté les niveaux et le débit, démarrant ainsi la crue. Toutefois, avec quasiment pas de pluie au début avril, les niveaux d’eau dans le cours principal de la rivière sont redescendus au niveau d’avant la crue seulement deux semaines après le début de celle-ci. Par conséquent, la plupart du ruissellement de la partie nord du bassin versant était emmagasiné dans les principaux réservoirs plusieurs semaines avant d’avoir atteint les conditions normales.

Le temps sec continu pendant tout le printemps jusqu’au début de l’été n’a produit que très peu de ruissellement dans la rivière. Les réservoirs étant à leur niveau d’été, il n’y a plus d’eau de surplus à déverser et les niveaux d’eau de la plupart des localités le long de la rivière des Outaouais continuent d’être sous la normale pour cette période de l’année.

A-t-on déjà connu ces conditions?

Difficile à croire à la lumière des inondations catastrophiques de 2017 et 2019, mais les conditions actuelles ne sont pas sans précédent. En fait, selon les statistiques compilées par la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais, les niveaux et les débits de la mi-mai sont similaires à ceux de 2012 et supérieurs à ceux observés pendant la même période en 2010.

Cela dit, les niveaux de l’eau sont toujours très en-dessous de la normale et compris dans le 25e percentile des données historiques pour cette période de l’année. Ces conditions ont donné lieu à des avertissements de faible niveau dans certains secteurs du bassin versant. Du côté ontarien, une bonne partie du bassin versant en aval d’Arnprior connaît des conditions mineures (niveau d’alerte 1) de bas niveau/sécheresse (Programme d’intervention en matière de ressources en eau de l’Ontario). On demande aux résidents de ces secteurs de conserver l’eau en limitant les usages non essentiels (p. ex. arrosage de pelouse, lavage de voiture, etc.)

Pour de plus amples renseignements et des mises à jour sur ces conditions, veuillez consulter le site Web de l’organisme de protection de la nature de votre secteur.

*Du côté québécois du bassin versant, aucune alerte de ce genre n’est en vigueur pour le moment.

Quelles pourraient être les répercussions sur les espèces aquatiques?

Les répercussions de ces faibles niveaux d’eau sur les espèces aquatiques dépendent d’une série de facteurs. Bien que, dans la plus grande partie du bassin versant, le faible niveau ait peu de conséquences, certains secteurs peu profonds et de faible courant peuvent connaître des changements de conditions générales. Ces changements peuvent nuire à la santé des espèces et des écosystèmes locaux.

Lorsque l’eau est peu profonde, les rayons du soleil peuvent atteindre les espèces qui vivent au fond de la colonne d’eau, fournissant plus d’énergie à la photosynthèse des plantes aquatiques et des algues. En outre, le soleil réchauffe plus facilement l’eau peu profonde, ce qui entraîne une augmentation globale de la température de l’eau. Ces conditions offrent un environnement idéal pour la croissance des espèces envahissantes qui prolifèrent et peuvent supplanter les espèces indigènes à plus haute température.

Non seulement les températures plus chaudes de l’eau contribuent-elles à un accroissement des proliférations d’algues, elles peuvent également avoir un effet direct sur plusieurs espèces de poissons et entraîner une baisse de l’oxygène dissous dans l’eau. À mesure que la température de l’eau augmente, sa capacité de retenir l’oxygène diminue, ce qui entraîne une baisse de l’oxygène disponible pour les plantes et les animaux qui vivent dans l’eau. Bien que certaines espèces puissent tolérer ces conditions jusqu’à un certain point, une trop forte augmentation de température ou baisse d’oxygène peut devenir très stressante pour le métabolisme des poissons et, dans certains cas, entraîner leur mort.

Certaines espèces envahissantes peuvent également profiter des faibles niveaux d’eau. On dit souvent que les espèces envahissantes peuvent profiter des changements de débit pour mieux se disperser et se propager, mais les faibles débits et niveaux peuvent également favoriser la croissance de certaines espèces. Par exemple, le myriophylle en épi peut croître dans une vaste gamme de conditions, particulièrement dans les secteurs de la rivière des Outaouais où l’eau est moins profonde et plus calme. Le myriophylle en épi commence à croître tôt en saison, dès que la température de l’eau atteint les 15ºC, mais sa croissance optimale survient à des températures relativement hautes (30-35ºC). Les eaux peu profondes offrent les conditions parfaites pour la croissance du myriophylle en épi et d’autres espèces aquatiques envahissantes, leur permettant de supplanter les espèces indigènes et réduisant ainsi d’autant plus la biodiversité.

Bien que nous ne puissions nous prononcer avec certitude sur les conséquences des faibles niveaux de la rivière, nous pouvons toujours surveiller les changements observables qui peuvent se présenter. Si vous venez à observer une prolifération d’algues ou à noter un accroissement des espèces envahissantes dans votre secteur du bassin versant, assurez-vous de le signaler par l’entremise de nos programmes Surveillance communautaire des proliférations d’algues et Surveillance communautaire des espèces envahissantes.

Et pour de plus amples renseignements sur l’état des niveaux d’eau de la rivière des Outaouais, visitez le site Web de la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais.    

Traduction financée par le gouvernement du Canada.